Pensée n°3 – Apprivoiser une idée, et la développer, est tout un art de structuration (ou presque)

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

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Voilà, ça y est. L’idée vous plaît, et vous avez décidé de la développer, la déplier en quelque chose de plus long, de plus concret, de plus… romanesque.

C’est super ! A ce moment-là, deux cas se présentent à vous. Dans le premier cas, vous allez peut-être vous dire que vous avez seulement besoin de l’idée et de l’élan pour vous mettre dans le bain. Plouf, et c’est parti pour l’improvisation. Génial. Dans le second cas, une fois l’idée de base posée, plusieurs séances de brainstorming vont être nécessaires, pour arriver à une organisation plus en détail : votre but sera dès le départ de construire un synopsis entier, le squelette le plus détaillé possible des chapitres, pour vous assurer que l’intrigue file du premier au dernier mot sans problème. Ces deux approches correspondent à des profils d’écrivains différents que l’on appelle en anglais pantsers et plotters.

En plus clair, vous êtes un pantser si la liberté ça vous connaît : vous développez l’histoire comme vous l’écrivez, sans plan mais avec un bouillonnement et des idées qui apparaissent à la volée. A l’inverse, vous êtes un plotter si vous avez besoin de planifier votre histoire avec une feuille de route plus ou moins bien remplie.

Parfois, vous êtes un peu des deux. Vous commencez à écrire avec quelques points clés de l’intrigue. Cinq, six, sept moments qui serviront de colonne vertébrale à votre récit, et tout ce qui les sépare vous viendra en écrivant. Dans certains cas, vous commencez avec un plan, puis finissez par continuer sans lui. Dans d’autres, vous commencez avec une simple idée, porté par un rythme effréné et changeant, sans faire attention au plan jusqu’à en avoir vraiment besoin. Alors, vous vous arrêtez et organisez la suite avec une minutie de gladiateur.

J’ai utilisé les deux approches. Avec mes premiers projets, j’étais plutôt pantser. Il me fallait l’ébauche d’un concept, une phrase, une première scène pour me décider à écrire. Je me laissais porter par le flow sans vraiment réfléchir à la structure de l’histoire, parce qu’au moment où je commençais à y réfléchir, je perdais l’envie de continuer à écrire. J’avais envie de découvrir les mystères de l’histoire, effrayée à l’idée de briser l’effet de suspens. Il n’y a pas très longtemps, j’étais un mix des deux. J’avais une idée de base, des personnages principaux, moins d’une dizaine de points clés. Aujourd’hui, je bascule du côté plotter de la Force.

Au départ, je me suis dit que c’était sans doute dû aux projets. A chaque projet, sa méthode, non ? Faux. Au fur et à mesure des projets, j’ai le sentiment d’avoir besoin d’un plan qui ne m’emporte pas vers un désastre. Ça ne m’est pas arrivé souvent, mais j’ai eu pas mal de surprises avec certains projets où je me suis simplement arrêtée à mi-chemin entre deux actes, parce que l’intrigue ne tenait pas la route. Les chapitres s’enchaînaient pour former un tas chaotique. A présent, je tiens à éviter ce genre de dégâts. Bien sûr, avoir un plan ne signifie pas rester prisonnier d’une intrigue. Il y a toujours la possibilité de revenir en arrière, de laisser l’histoire prendre un petit détour spontané. Je m’autorise toujours à rester flexible. Ce n’est pas toujours au détail près que je planifie. Un thème, un maximum de scènes clés qui décrivent le conflit principal, sa manifestation et une ébauche de sa résolution sont parfois suffisants. Mais, d’une manière générale, être accompagnée d’un synopsis me permet de ne pas perdre le cap et me rassure sur le bon fonctionnement d’un tout. Un plan est un cocktail d’avantages.

Dans un premier temps, un plan nous aide à ne pas attendre trop longtemps avant de démarrer l’écriture. En général, si vous savez où vous allez, il n’y a aucune raison de ne pas enclencher la machine. Aussi, vous passerez moins de temps à hésiter, les mains suspendues au dessus du clavier ou les yeux rivés sur l’écran. Pas la peine de bloquer, vous savez ce que doit contenir vos scènes.

De la même manière, un plan permet aussi de ne pas perdre de temps pendant la phase d’écriture : inutile de s’arrêter à mi-chemin pour repenser l’ordre des scènes ou le développement de l’intrigue. La construction du synopsis a déjà grillé votre cerveau de ce côté-là. Ralentir n’est plus nécessaire quand on connaît notre destination, les éléments qui doivent être au cœur d’un chapitre ou ce qui définit nos personnages. En fait, un plan nous permet d’atteindre la fin plus rapidement.

Parallèlement, un plan nous force à rester concentré sur le développement et la répartition des éléments de l’histoire : vous savez qui sont vos personnages, ce qu’ils veulent, comment ils vont l’obtenir et ce qui va les en empêcher. Vous savez quels moments clés doivent absolument être présents, et quand ils doivent intervenir dans le schéma narratif. Bien sûr, sortir des sentiers tracés n’est pas interdit, mais pour éviter les fins chaotiques, le plan est un bon allié.

Et surtout, il est un bon allié parce qu’il offre une vue d’ensemble de l’histoire. Une vision globale du roman permet de distinguer quels éléments étouffent l’histoire et met en valeur ceux qui ne sont pas assez développés. En général, le plan m’offre une idée de l’espace attribué au développement de chaque personnage. A travers quelles scènes sont-ils mis en valeur ? Comment ? Le nombre de scènes favorise-t-il un personnage au détriment d’un autre ? etc. Ce recul me permet de rééquilibrer la place attribuée à l’action, à l’intrigue et aux personnages s’il le faut. Pouvoir maitriser la répartition des indices dans l’histoire me plaît aussi beaucoup. J’aime laisser des miettes un peu partout.

Aussi, connaître le déroulement de l’histoire grâce à un plan permet de dompter nos incertitudes, celles sur nos capacités et celles liées à l’histoire (structure et enchainement des évènements). Au cours de l’écriture, il est facile de se laisser submerger par le monstre doute (pour plus de raisons que l’absence de plan, mais nous parlerons de tout ça dans une autre pensée). Le plan peut être une manière de contrôler ses doutes sur la logique de l’intrigue et de booster notre confiance en nous. Notre synopsis est prêt, nos recherches sont faites, nous avons peut-être construit un monde et les personnages qui l’habitent, et nous avons bien réfléchi aux failles et faiblesses de l’intrigue en amont. Cela peut minimiser les effets boules de neige du « je ne suis pas à la hauteur » sur notre moral.

De temps en temps, en plus d’être utilisé comme bouclier contre les obstacles, un plan nous aide à être discipliné et nous motive à terminer un manuscrit. Pour rester cohérents dans notre méthode de travail, parfois il est bon d’effectuer des exercices d’écriture réguliers. D’autres fois, c’est en se donnant un nombre de mots à écrire par jour que nous entretenons notre envie de créer. Avec un plan, gérer son temps et organiser ses journées pour y intercaler l’écriture d’un chapitre, d’une scène, etc. devient plus simple car nous savons comment est découpée notre histoire. Cela permet, par exemple, de calquer ce découpage à un calendrier d’écriture. Et définir un calendrier peut être un moyen de se forger une discipline de travail et de mettre en place une certaine régularité. En plus, une fois la structure découpée en début/milieu/fin, vous avez un objectif concret à atteindre à chaque étape de la rédaction. Faire avancer son récit est une question de persévérance, et avoir une feuille de route peut nous rappeler un but tous les jours. On se construit une discipline, et trouver un rythme nous motive à continuer sans relâche pour terminer notre roman.

Enfin, et je trouve ça fantastique, un plan réduit la quantité de travail à effectuer pendant la réécriture. Un premier jet peut être chaotique pour des dizaines de raisons différentes, mais certains aspects peuvent être maitrisés, notamment au niveau des arcs narratifs qui vont être développés. Si vous contrôlez la direction que vous prenez, aucun domino mal placé ne vous fera recommencer tout à zéro. Du coup, vous n’aurez pas de trop grandes surprises pendant la phase de réécriture, à cause d’un mauvais chemin emprunté par un personnage ou d’une intrigue secondaire inutile par exemple.

Bien entendu, l’approche plotter n’est en aucun cas la meilleure. Pour l’instant, c’est juste celle qui me convient le mieux.

Maintenant, dites-moi tout. Etes-vous plutôt pantser ou plotter ? Un savant mélange des deux ? Laquelle des deux approches vous rassure le plus, vous motive, vous remplit d’énergie pour attaquer la phase d’écriture ? Et laquelle vous démotive complètement ? Quels sont pour vous les avantages et/ou inconvénients d’être un pantser ou un plotter ?

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