Pensée n°8 – Les personnages sont le cœur de l’histoire

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

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En plus de la force de l’intrigue et l’énergie du décor, des personnages intéressants et multidimensionnels, auxquels il est possible de s’attacher et de s’identifier, sont pour moi ce qui constitue le cœur d’une bonne histoire. La lecture peut vite devenir fade et sans saveur si aucun personnage ne me donne envie de le connaître.

Alors, que faut-il garder en tête pour créer des personnages intéressants ?

Des basiques. La carte d’identité, l’apparence et le style. Age et date de naissance, nom, prénom, surnom, lieu de naissance, adresse, profession ou études. Taille, corpulence, couleur des yeux (lunettes, lentilles), des cheveux, de la peau, présence de signes distinctifs comme les tâches de rousseurs ou des grains de beauté. Le style de vêtements, le port de bijoux, la coiffure, le maquillage (ou son absence), la présence de tatouages… En termes de basiques, j’ai appris à ne pas charger le récit d’un seul coup, mais à les éparpiller subtilement au fil des pages. Bien sûr, il n’est pas exclu qu’une importante description soit utile, mais j’essaie d’éviter de stocker tous les basiques au même endroit, pour éviter – quand je le peux – l’effet catalogue.

Des détails essentiels. Leur façon de parler (leur tic de parole et leur phrase/mot préférée), leur couleur préférée, leurs habitudes alimentaires ou sportives ou techniques ou autre, leurs croyances (ou absence de croyances), leurs idées sur la politique ou l’art… tout ce qui peut donner davantage de dimensions au personnage, comme leurs qualités, leurs points forts. Tout ce qui les étoffe. Leurs craintes. Leur psychologie. Leur santé mentale et physique. Par exemple, dans un dialogue, une façon de parler nous permettra de savoir qui s’exprime sans pour autant devoir charger le texte de verbes de parole.

Un ou des objectifs. Que veulent les personnages ? Quels sont leurs buts ultimes ? Leurs rêves ? A quel idéal ou final veulent-ils arriver ? Est-il cohérent avec leur personnalité ?

Des motivations. Qu’est-ce qui les pousse ? Quel(s) désir(s) ? Pourquoi veulent-ils ce qu’ils veulent ?

Des enjeux. Quelles sont les conséquences s’ils n’ont pas ce qu’ils veulent ? A quel point sont-elles dramatiques du point de vue du quotidien d’un personnage ? De sa vie ? De ses relations ?

Des obstacles. Le chemin vers la réalisation de ces buts est-il semé d’obstacles ? Lesquels ? Que vont découvrir les personnages sur leur route, ce qui fera de leur voyage un voyage satisfaisant pour eux (et pour nous en tant que lecteur/spectateur) ? Les obstacles mettent du piquant dans l’histoire. Ils favorisent la façon dont on s’attache aux personnages, parce qu’on va vouloir savoir si (et comment) les personnages vont s’en sortir, comment ils vont réagir à ce qui leur arrive.

Un passé. Que s’est-il passé pour que le personnage en soit arrivé là ? Quels évènements ou rencontres majeurs l’ont changé ou ont changé la dynamique qu’il entretient avec son monde ? Quels ont été ses envies, ses rêves et ses échecs ? J’aime particulièrement développer le passé des personnages, même si je ne l’intègre pas tout le temps dans l’histoire. J’apprends à les connaître un peu plus avant de commencer à écrire. Ce passé leur donne en plus une nouvelle dimension et est capable de fournir pas mal d’explications sur la personnalité d’un personnage quand on le rencontre.

Des défauts. Si on parle de qualités, on parle aussi de leurs pendants. Les défauts. Un personnage sans défauts est un personnage qui n’est pas réel. On ne peut pas s’identifier à la perfection.

Des relations avec les autres personnages. Comment un personnage s’entend-il avec les autres ? Avec sa famille, ses amis, ses amours, ses collègues ? Qui sont ces autres ? Notre personnage est-il plutôt timide, extraverti, introverti ? etc.

Une évolution. Comment les personnages changent-ils au cours de l’histoire ? Comment les évènements qu’ils subissent ou ceux sur lesquels ils agissent vont-ils façonner leur personnalité, la modifier, la remettre en question ? Comment de nouvelles relations vont-elles affecter leur rapport à l’autre ?

Bien sûr, en plus de ces éléments, d’autres caractéristiques peuvent venir étoffer une fiche personnage. C’est à vous de voir et de doser, selon vos préférences. Personnellement, je n’ai aucune organisation quand il est question de fiche personnage. Détails, motivations et tout ce dont j’ai besoin sont gribouillés sur le coin de feuilles volantes que je consulte à la volée, selon la nécessité. Je n’ai jamais vraiment réussi à tenir de fiches. Quand j’ai tenté de le faire, je ne l’ai jamais consultée. C’est pourtant une bonne manière de centraliser toutes les informations essentielles à la définition d’un personnage, notamment pour la phase de relecture, afin de s’assurer de la continuité.

(Un jour, je retenterai l’aventure fiche.)

Parfois, apprendre à connaître son personnage peut s’avérer être une tâche difficile. Il m’arrive d’être bloquée et de butter à cause de caractéristiques encore floues. Dans ce cas, j’aime passer du temps avec mes personnages. Je les interviewe, je les mets dans des situations différentes pour tester leurs réactions et leurs limites. Quand ils refusent de me parler, ces petites scènes – qui ne seront jamais intégrées dans le roman final – me permettent d’offrir une certaine liberté à mes personnages. Un autre test amusant est l’elevator test, le test de l’ascenseur, qui consiste à imaginer les réactions d’un personnage s’il se retrouvait coincé dans un ascenseur. Ces techniques ne sont sans doute pas les seules.

Enfin, il faut toujours garder à l’esprit qu’un personnage ne doit pas devenir un cliché ambulant, une caricature d’une facette de sa personnalité, une allégorie de sa religion ou de son orientation sexuelle, ou une représentation rigide de sa culture. La bimbo, l’intello, le beau gosse ténébreux… Non. Dans la vraie vie, comme dans la fiction, les individus sont des êtres en reliefs, avec leurs richesses et leurs secrets, avec leur beauté, leurs qualités et leurs défauts. Lire des stéréotypes, qui véhiculent préjugés en tout genre, est un exercice vraiment très fatiguant. Parfois, il est bon de s’inspirer de la vie, des discussions que nous avons, des bourdonnements sur les terrasses de café ou dans les supermarchés, et de prendre le temps d’apprendre ce que nous ne savons pas. Cela rendra leur personnalité plus réelle, et les personnages ne résonneront que davantage avec les lecteurs, parce qu’ils seront un reflet et une représentation documentée de la richesse du monde qui nous entoure. Encore une fois, rien n’est jamais unidimensionnel.

Et vous ? Comment construisez-vous vos personnages ? Quelles règles essentielles suivez-vous pour le faire ? Etes-vous un(e) aficionado de la fiche personnage ? Au cours d’une lecture, avez-vous déjà rencontré un personnage, qui par sa construction, vous a laissé un goût amer ?

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