Pensée n°10 – Comment bien commencer un roman ?

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

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Bien commencer son histoire est une question d’équilibre. Mais les premières pages d’un manuscrit sont le premier aperçu qu’un lecteur a sur notre travail. Le début d’un manuscrit doit donc être robuste. Et pour l’être, au fil des manuscrits, il est bon de se rendre compte des pièges dans lesquels il ne faut pas tomber et chercher des techniques pour bien les éviter.

Du coup, pour cette pensée, je souhaitais faire un retour en arrière sur tout ce que j’ai appris en matière de début solide. Et, après plusieurs manuscrits, j’ai conclu qu’obtenir des premières pages bien construites reposait sur deux points principaux :

  • des bases bien posées et
  • des longueurs à éviter

 

1 – Poser les bases de l’histoire

Pour bien poser les bases d’un récit, j’ai appris qu’il fallait répondre à cinq questions essentielles :

  • Qui est le personnage principal ? Et qui l’accompagne ?

Pour présenter le personnage principal, il est inutile de déplier sa biographie, mais donner suffisamment d’ingrédients peut aider à se faire une idée de la recette : âge, sexe, situation au début de l’histoire (que fait-il ? a-t-il un emploi ? est-il étudiant ? etc.) et motivation(s). Au début, il faut donner une voix au personnage principal : qui est-il ? Quel est l’objectif qui le pousse à faire certains choix ? Quels évènements l’ont mené à la situation dans laquelle il se trouve quand on le rencontre ?

Aussi, un ou plusieurs moments déclencheurs peuvent permettre de mieux connaître notre personnage : comment notre héros réagit-il face à un problème posé ? Ces petits moments nous présentent davantage les personnages, car nous apprenons à les connaître à travers leurs réactions, leur résistance physique et psychologique et les actions qu’ils décident de mener pour trouver des solutions à leurs problèmes.

  • se déroule l’histoire ?

Le début d’une histoire permet bien sûr de planter un décor et d’introduire une certaine atmosphère. Dans quel monde le héros existe-t-il ? Comment cet univers est-il fait ? Quelle ambiance s’en dégage ? Où se trouve notre héros la première fois que nous le voyons ? Outre la présentation d’un lieu, le début est aussi un moyen de donner des indices qui permettront de connaitre le type et le genre de notre histoire : s’agit-il d’une romance, d’un récit fantastique, ou le voyage de notre personnage va-t-il s’effectuer dans un univers policier ? C’est le moment de mettre en place le ton de l’histoire, si besoin par des descriptions et l’utilisation (et l’explication) de vocabulaire en lien avec le monde que nous avons décidé de construire.

  • Quand se déroule l’histoire ?

Le début de l’histoire doit donner des indications temporelles. A quelle époque notre héros évolue-t-il ? Cela a-t-il des conséquences sur l’atmosphère et le ton donné à l’histoire ? A quel moment de sa vie retrouve-t-on notre héros ? Etc.

  • Pourquoi l’intrigue se déclenche-elle ?

Dès les premiers chapitres, j’ai pris conscience de l’importance de l’élément déclencheur : le début d’une histoire s’achève en général par un moment catalyseur qui amorce l’intrigue principale. Les premières pages sont le moyen de mettre en place ce conflit, car il permettra d’exposer les motivations de notre personnage principal et servira de combustible à la suite de l’intrigue.

  • Quel est le thème principal (ou les thèmes) de l’histoire ?

Les premières pages exposent aussi le thème du récit. Il faut comprendre pourquoi le héros va se battre. Pour le connaître, il faut savoir quels sont ses objectifs, son but, mais aussi avoir une idée de ce contre quoi il va devoir batailler pour réussir son voyage. Comment ses motivations prennent-elles vie dans un thème plus global ? Rêve-t-il de liberté dans un monde où tout est contrôlé ?

Parfois le thème n’est pas évident pendant la rédaction du premier jet, même lorsqu’on planifie son histoire avec la minutie de Sherlock Holmes. Il m’est arrivé de ne pas avoir de thème avant le milieu de l’histoire, voire même après la fin d’un manuscrit. Dans tous les cas, exposer le thème est une bonne manière d’affirmer le ton de l’histoire, tout en offrant une fenêtre sur le voyage que risque d’effectuer le héros dans le cadre de cette thématique.

2 – Ce que j’ai fait, ce qu’il faut apparemment éviter

Mais planter les bases du récit ne suffit pas. Pour construire un bon début, il faut aussi savoir ce qu’il ne faut pas faire. Dans mes premiers manuscrits, il m’est souvent arrivé d’utiliser des débuts que l’on déconseille en général. C’est une liste qui n’est peut-être complète, mais voici les quelques « à ne pas faire » que j’ai retenus de mes expériences :

  • Ne pas commencer par un rêve, car cela peut briser le rythme de l’histoire, et donc troubler le lecteur avec un changement brutal de ton et d’ambiance,

  • Ne pas commencer au milieu d’une scène d’action ou avec un personnage qui court pour fuir quelque chose, sans un minimum de contexte, car le lecteur risque d’être perdu,

  • Ne pas avoir un début trop monotone – même si il ne faut pas commencer au milieu d’une scène d’action, il faut tout de même que quelque chose se passe,

  • Ne pas se perdre dans des descriptions d’éléments de décor inutiles à l’accroche du récit,

  • Ne pas commencer par un dialogue entre des personnages qu’on ne connaît pas encore, sans offrir de contexte ou, bien, en l’introduisant trop tard,

  • Ne pas commencer par un événement trop éloigné dans le temps, du type flashback ou prologue par exemple.

Ce dernier point est assez compliqué pour moi, car comme beaucoup peut-être je me pose :

La question du prologue

Parmi les définitions de prologue qui existent, il y a celle-ci :

Partie d’un ouvrage dramatique où sont exposés des événements antérieurs à ceux qui se déroulent dans la pièce proprement dite.

Pour introduire un contexte, un prologue peut être une solution intéressante, sauf que les avis divergent sur la question. (Peut-être à cause de cette définition d’ailleurs.) Il y a ceux qui préconisent de ne pas utiliser de prologue en début de roman et ceux pour qui la question n’est pas très pertinente. Eh bien…

En général, les premiers le déconseillent pour des raisons de rupture avec le rythme et le ton de l’histoire, à la manière du flashback qui ne doit intervenir que lorsqu’il est nécessaire. Si les personnages, le décor, la période présentés dans le prologue sont différents de ceux introduits dans le premier chapitre, il est apparemment préférable de s’en passer. Cette distance avec l’atmosphère principale du roman est alors envisagée comme un piège pour détourner le lecteur d’un premier chapitre plus faible ou de premières pages qui peinent à trouver un équilibre au cœur de l’action. Le prologue est d’autant plus à mettre de côté s’il ne présente pas le même personnage principal que le premier chapitre.

(Oui, le prologue est une créature complexe que je n’ai pas encore réussie à apprivoiser.)

Mais, cette interrogation constitue une parfaite transition vers le dernier point de cette pensée.

3 – Eviter les longueurs

Finalement, pour bien débuter une histoire, le conseil qui revient souvent est de la démarrer en restant au plus proche de son commencement. Il ne faut pas attendre des milliers de mots avant d’amorcer le récit et gérer le cœur de l’intrigue. On doit se plonger dans l’histoire dès les premiers mots. Cela pose aussi la question des descriptions trop longues ou des passages qui ne servent pas à présenter les points essentiels à la compréhension de l’histoire : j’ai appris qu’il était souvent bon d’éviter de faire des catalogues – des règles de son monde, des mécanismes de son univers et de son vocabulaire. En fait, tout est question d’équilibre, même dans le nombre de mots.

L’art du début doit se maitriser tout en finesse. Présenter les personnages, dresser la toile de fond, tout en exposant le thème, et introduire un conflit permet de bien planter le cadre d’une histoire. Ce n’est pas toujours un processus linéaire, et éviter les scènes clichées qui peuvent se glisser dans les premières pages est parfois impossible. J’ai été coupable d’utiliser ce genre de mécanismes pour débuter un récit. Ça m’arrive encore aujourd’hui. J’y travaille, avec l’ultime conviction qu’il doit y avoir encore de milliers d’avis sur la question.

Quel est le vôtre ? Qu’est-ce qui fait de bons premiers chapitres ? Comment évitez-vous les scènes clichées pour introduire les éléments clés de votre intrigue ? Quels sont vos conseils ?

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