Pensée n°12 – L’art du chapitre ou comment bien découper son roman en unités

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

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Ah, l’art de la découpe ! Doit-on s’en préoccuper avant l’écriture ou pendant ? Doit-on planifier tous nos chapitres au millimètre près ou peut-on y revenir pendant la réécriture ?

Trouver le parfait découpage pour son roman est une question de bon rythme et d’accroches saisissantes. Une bonne transition entre les chapitres nous donne envie de lire la suite, que ce soit à cause d’une révélation, d’un moment d’action coupé en plein milieu ou d’un changement subtil de point de vue.

  • Qu’est-ce qu’un chapitre ?

Un monde aux multiples facettes.

Euh… Quoi ?

Plus concrètement, un chapitre peut correspondre à une unité de temps, de lieu ou à un changement de point de vue.

Je m’explique.

Le chapitre comme unité de temps. Très simple. Tous les évènements du chapitre se déroulent pendant une même période. Par exemple, vous décidez de découper votre roman en 24 heures : chaque chapitre pourrait correspondre à une heure. Votre merveilleux roman sera alors composé de 24 chapitres génialissimes. La série 24 heures chrono fonctionne exactement sur ce principe avec 24 épisodes par saison. Un épisode correspond à une heure ; une saison, à un jour.

Le chapitre comme unité de lieu. Aussi simple. L’action se déroule au même endroit. Une cuisine. San Francisco. Une rue de Paris. Le Sahara. Une cabine téléphonique. Une chambre. Par exemple, deux personnages décident de se balader en ville avant de visiter un musée. Un chapitre peut se concentrer sur leur balade, s’achever juste avant leur entrée dans le musée, et le chapitre suivant peut démarrer au moment où ils commencent leur visite.

Le chapitre comme changement de point de vue. Celui-là est encore plus facile que les précédents. C’est le chapitre au nom du personnage. C’est à travers ses yeux que nous voyons le monde et à travers le reste de ses sens que nous le ressentons. Sa perspective dicte notre compréhension de tout ce qui se passe dans le chapitre jusqu’au nouveau changement de point de vue.

Au final, les chapitres structurent un récit, en organisant et découpant l’arc narratif en unités capables de mettre en évidence des changements de rythme, de ton ou de focus dramatique. Les chapitres aident à bien découper un roman, en répartissant les bons moments aux bons endroits, pour attiser l’impatience et la curiosité du lecteur.

  • Comment créer le chapitre parfait ?

Considérer le chapitre comme une petite histoire, avec un conflit et une fin appropriée

Dans sa forme la plus simple, une histoire est construite autour d’un conflit (un mystère à résoudre, une confrontation, etc.), avec un début, un milieu et une fin. C’est pareil pour un chapitre :

  • il s’agence autour d’un conflit, résolu dès la fin du chapitre ou porté dans une forme différente dans le chapitre suivant et

  • il se termine sur une presque fin dont le but est de nous tenir en haleine.

En général, le conflit est la grande question autour de laquelle est construite une scène : un personnage veut-il découvrir le secret d’un autre ? notre héros est-il à la poursuite de quelqu’un ? pourquoi ? etc.

En ce qui concerne la fin, il s’agira d’une ébauche qui nous projette dans la suite. Dans ses toutes dernières lignes, un chapitre a tendance à dire attention, ce qu’il se passe à ce croisement est important.

La fin peut prendre des formes différentes. Comme le chapitre peut être une unité de lieu, de temps ou un changement de point de vue, on pourra passer au chapitre suivant quand le lieu, le moment (de la journée, du mois, de l’année, du temps – passé/présent/futur) ou le personnage change. D’ailleurs, rien ne nous empêche de considérer des combinaisons de ces trois éléments : changement temps/lieu, changement temps/point de vue, changement lieu/point de vue ou encore changement temps/lieu/point de vue.

Dans tous les cas, la fin d’un chapitre marque un changement dans la tension dramatique. Après plusieurs manuscrits, j’ai appris à reconnaître certains de ces changements. En général, ils interviennent quand :

  • une nouvelle question est posée – dans ce cas, la petite histoire du chapitre est terminée, une révélation est venue complexifier l’arc narratif principal, une nouvelle interrogation est posée et un nouveau conflit émerge, on passe au chapitre suivant,

  • une révélation a eu lieu – ici, le personnage apprend quelque chose de majeur pour la suite des évènements, la direction que va prendre l’histoire est donc sur le point de changer et ce changement (conséquences) sera exposé au chapitre suivant,

  • une révélation va être faite – dans ce cas, on pourra jouer avec l’effet de suspens et arrêter le chapitre sur un moment de surprise, pour déplacer le vrai moment de la révélation au chapitre suivant,

  • une scène va se terminer ou un moment de tension extrême va atteindre son paroxysme – tout s’accélère, on est à 100% investi dans le combat, la discussion, la confrontation, etc. ; la tension dramatique est palpable et BAM ! on stoppe tout pour passer au chapitre suivant, coupant la scène (d’action par exemple) en plein milieu,

  • c’est la fin – la fin d’un chapitre peut aussi tout simplement correspondre à la fin de quelque chose ; ici, je pense surtout à la mort d’un personnage par exemple.

Quand on parle de révélation, cela peut aussi concerner la découverte d’un nouveau monde ou la rencontre entre deux personnages. Ces « révélations » seront simplement l’opportunité de nouvelles questions.

(Il y a sans doute des cas que j’oublie.)

Il m’est arrivé de finir un chapitre avant ou après une révélation, avant la résolution d’un conflit minime ou après la résolution d’un arc majeur. J’essaie de bien équilibrer le placement des révélations/questions/conflits, pour les séparer de toutes leurs conséquences (les évènements à venir) et des réactions qu’elles entrainent chez les personnages (choix, réflexion, etc.). Pour l’évolution des personnages, la fin d’un chapitre a aussi son importance : c’est un moyen de montrer en quoi le personnage à évoluer par rapport au début de la scène. Quel est son nouvel état d’esprit ? Comment y a-t-il eu un changement émotionnel ?

Doser la taille du chapitre

En général, je préfère éviter les chapitres trop longs, même si parfois cela peut être difficile.

Quand ils empêchent le lecteur de respirer, les chapitres peuvent devenir difficiles à terminer. Quand je pense à des chapitres trop longs, je reviens toujours au Père Goriot de Balzac. A l’époque où j’avais lu le livre, le premier chapitre et ses centaines de pages m’avaient vraiment semblé interminables. Les longs chapitres sont un risque d’épuisement du lecteur. Bien sûr, l’infinité peut toujours être une façon de souligner une certaine atmosphère. L’histoire peut utiliser de longs chapitres si l’intrigue joue avec le poids du temps, l’éternité du quotidien… peu importe. Si ça marche, si le mécanisme vient naturellement avec l’histoire, peut-être vaut-il mieux parier sur un format plus long.

D’un autre côté, les chapitres courts, voire très courts, jouent sur le suspens et la tension dramatique d’une manière un peu différente. Dans sa trilogie Shatter Me, Tahereh Mafi utilise de courts chapitres. Dans mon projet actuel, je le fais aussi. Aller à l’essentiel, à travers deux ou trois phrases, est à la fois libérateur et révélateur, pour un personnage, un lieu ou un moment clé.

Du coup, dans un même projet, j’aime varier la taille ou la fin (cliffhanger, douce révélation, résolution d’un conflit, nouvelle question, etc.) d’un chapitre. Cela coupe avec la monotonie de la structure. Le changement est au service de l’effet dramatique. Il influence le rythme de l’histoire, la tension et le ton d’une scène.

Suivre son instinct

Alors que je m’acclimate de plus en plus à mon côté plotter, je n’ai bizarrement jamais planifié la fin de mes chapitres. La fin vient toujours au feeling. Elle est dictée par le flow du moment, la façon dont les évènements se développent sur la page. L’écriture mène souvent à un découpage naturel. Et, en général, on le sent. Le moment où l’on écarquille les yeux en se disant que ce dernier paragraphe est parfait pour amorcer la suite. Suivez votre instinct. Parfois, il a raison.

  • Mais les chapitres ne sont pas les seuls découpages possibles

Ce sont les principaux, mais on peut aussi considérer des découpages plus généraux. Les sections/parties/actes peuvent nous aider à structurer un roman, en rassemblant plusieurs chapitres entre eux. Ce genre de découpage peut correspondre à :

Une unité de temps. L’action se déroule sur une période précise. Par exemple, une première partie se concentrera sur l’année 2015, la suivante sur l’année 2016, etc. Cela n’empêchera pas de définir les chapitres à l’intérieur par un changement de point de vue, de temps ou de lieu, ou un mélange des trois.

Une unité de lieu. On change de pays, de région, de planète. Une partie qui suit nos personnages au Brésil, une autre qui débute avec leur arrivée en Egypte.

Un changement de point de vue. Comme avec les chapitres, une partie peut se concentrer sur l’arc narratif d’un seul personnage, avec plusieurs chapitres qui nous apprennent à le connaître et suivent son évolution.

Un changement qui vient briser avec le flow de l’histoire. Ce changement se déroule juste après un point décisif de l’histoire. Un moment narratif fort vient bousculer l’ordre qui dominait jusque là dans l’intrigue, et un changement de partie s’impose. En général, ces changements interviennent avec les pivots du récit, ceux qui transforment nos personnages et font avancer l’intrigue dans la bonne ou mauvaise direction.

Une unité thématique. Le traitement d’une idée. Ici, on se concentrera sur un thème unique, à travers différents moments, pour mettre en scène des personnages en relation avec une seule idée. Cela pourrait correspondre, par exemple, à quelques chapitres centrés sur le combat émotionnel (confusion, peur, etc.) d’un personnage pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs.

Maintenant, c’est à vous.

Comment aimez-vous structurer votre histoire ? Pour vous, comment un chapitre doit-il absolument se terminer ?

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