Pensée n°13 – Dois-je écrire tous les jours pour me considérer écrivain (de roman) ?

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

*

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Non. Pas forcément.

Euh, merci, mais cette réponse ne nous avance à rien. Je sais.

Je m’explique.

Pendant longtemps, à chaque fois que je levais les yeux sur mon calendrier et que je ne voyais aucun nombre de mots inscrits dans les cases correspondantes, je ressentais un pincement de culpabilité et une grande déception. J’étais déçue de moi-même, de la manière dont je pensais traiter mes rêves et mes objectifs, et triste de ne pas voir de résultats arriver aussi vite que je le voulais.

Pourtant, j’écrivais aussi souvent que je le pouvais, toujours accompagnée de cette perpétuelle voix qui me rappelait que si je n’écrivais pas tous les jours, je n’étais pas un vrai écrivain, même si j’avais terriblement envie de terminer mon roman.

Aujourd’hui, je dois avouer que j’écris beaucoup plus. Plus que durant cet avant en tout cas. J’ai appris à accepter la méthode d’écriture qui me convient, sans chercher à me punir mentalement quand je ne peux pas écrire. J’écris souvent, mais il y a aussi des périodes où je n’écris pas du tout. Ce sont des courts laps de temps ou de très, très longs moments. Des jours, des semaines, des mois. Il y a aussi des jours où je n’écris pas seulement de la fiction, mais des articles pour le blog, des choses pour le boulot, des mots qui n’ont rien avoir avec un roman.

C’est frustrant, mais j’ai essayé de comprendre.

Pourquoi arrêtons-nous d’écrire ?

Parfois, écrire tous les jours est impossible. La vie… Souvent, les impératifs du quotidien nous empêchent de s’en tenir à un calendrier quotidien. On s’épuise, se fatigue, nos activités nous rattrapent, notre énergie nous échappe, et c’est tout à fait normal de prendre du temps pour recharger nos batteries.

D’autres fois, ce sont des doutes et la peur qui constituent un mur de résistance. A d’autres moments, encore, on ne ressent aucune envie d’écrire : c’est l’inspiration qui déraille.

Peu importe la raison, en fait, quand nous n’écrivons pas, et surtout si nous voulons faire de l’écriture un métier, les conseils nous répétant qu’il faut écrire tous les jours mettent une pression malsaine sur nos épaules. La honte s’installe. On se sent mal à l’idée de ne pas écrire tous les jours.

Dois-je écrire tous les jours pour être un écrivain ? C’est une question que je me posais souvent, que je me pose parfois encore. Je pense qu’il n’y pas de simple réponse. Chaque écrivain a un style qui lui est propre. Une méthode qui lui réussit. Personnellement, je crois qu’un écrivain doit simplement :

  • Etre honnête avec ses objectifs

Pourquoi écrivons-nous ? Pour passer le temps ? Pour achever un roman ? Un article ? Pour devenir un journaliste sans égal ? Un auteur jeunesse ? Quel résultat voulons-nous atteindre ?

Pourquoi est-ce important de connaître ses buts ?

Poser un objectif nous donnera une idée de la ligne d’arrivée. Nous sommes tous des conteurs, alors qu’il s’agisse de nouvelles, de romans, d’articles, de documentation technique… il faut être clair avec ce que nous voulons achever. Cela déterminera notre dynamique de travail. Surtout si nous avons des délais à tenir. Un objectif de mots à atteindre par jour, par mois, par semaine fonctionne pour les uns. 500 mots par jour. 2000 mots par semaine. Terminer 1 exercice d’écriture de temps en temps – un prompt par exemple – sera suffisant pour d’autres.

Il n’y a pas de limite pour encadrer ses buts. Poser des objectifs nous motive à les réaliser.

  • Etre prêt à prendre du temps

La vie est peut-être une série d’inconnues, nous trouvons aussi beaucoup de raisons pour ne pas nous mettre au travail. La procrastination nous rattrape et il est difficile de s’en séparer.

Très bien.

Sauf que si l’écriture est importante pour nous, il faut apprendre à faire des concessions pour réaliser un objectif. L’écriture est un choix qu’il faut prendre. Une discipline à construire.

Pourquoi est-ce important ?

Parce que développer son art est une question de persévérance. Parce que le rendre meilleur est une question de travail acharné.

Ecrire, c’est dur.

L’écriture est une discipline. Pour la prendre au sérieux, on doit la traiter comme plus qu’un hobby. Pour écrire, on a besoin de temps – on doit se le créer, se le bloquer et l’utiliser pour écrire. C’est un absolu. Ça doit être une habitude que l’on doit mettre en place sans jamais la teinter de culpabilité ou de pression. Même si cela signifie écrire pendant 30 minutes tous les jours, 1 heure par semaine ou 1 jour par mois. Si ce temps est nécessaire pour réaliser un objectif, si cette méthode fonctionne pour soi, pourquoi la changer ?

Au collège, j’écrivais parfois à la récré, le soir chez moi ou pendant les vacances. Au lycée, je profitais de la récré aussi, des pauses entre deux cours, de l’absence de profs. A la fac, j’effectuais de longs trajets et j’utilisais le temps des transports pour écrire. J’écrivais quand je ne révisais pas, quand je n’avais pas cours, quand j’avais des petits moments de liberté, à la cafétéria, dans des amphis désertés, à la BU. Au boulot, il y a toujours une pause déjeuner. Le reste du quotidien… je chasse et vole pleins de petits instants.

Pour devenir meilleur, il faut se donner les moyens de s’améliorer. Avec du temps et de la pratique. Pour cultiver performance et concentration.

Ce n’est pas pour rien qu’on dit qu’il faut

  • Ecrire, écrire, écrire, et toujours écrire

(et peu importe le temps qui sépare nos séances d’écriture)

  • Eviter de perdre l’élan

Un écrivain sait (sent) quand il faut s’arrêter et quand il faut remettre en marche l’engin création.

Quand j’ai un projet de fiction en cours, j’essaie d’écrire absolument tous les jours. Je fais des sortes de NaNoWriMo intensifs (qui ne tombent bizarrement jamais au mois de Novembre !). J’ai besoin de ne pas perdre le fil de mes pensées et de préserver l’envie et le flow qui sont nés avec l’émergence d’une idée. Garder l’élan – le momentum – nourrit mon rythme d’écriture, et inversement. Le reste du temps, mon équilibre d’écriture varie. J’écris un jour sur deux, une fois par semaine, quand je peux boucler une ou plusieurs heures. Et, quand je n’ai pas de projets, lorsque je travaille sur le plan d’une nouvelle histoire ou sur un projet totalement différent, il m’arrive de ne rien écrire du tout.

  • Comprendre et combattre la résistance

Un écrivain doit combattre ce qui l’empêche d’avancer. La peur de ne pas être à la hauteur. Les doutes sur un projet. La fuite de l’inspiration. Trouver les causes qui bloquent notre progression, c’est trouver des solutions contre toute résistance. C’est ne pas utiliser de fausses excuses pour éviter les cercles vicieux.

Et si…

Et si un écrivain devait simplement avoir une bonne discipline et un sens des responsabilités.

Pour atteindre ses objectifs, il faut les connaître, mais aussi se les fixer (délais, nombre de mots, etc.), en s’accordant le temps qu’il convient pour les réaliser. C’est en se forgeant une discipline qu’on y parvient : un calendrier organisé sur un mois, un régime 365 jours d’écriture, un rendez-vous mensuel avec son calepin préféré… une forte volonté et un travail sans relâche pour terminer ce roman qui nous tient tant à cœur.

Mais, il faut aussi être responsable de la conduite de nos rêves. Que ce soit en écrivant tous les jours ou en suivant de longues sessions d’écriture entrecoupées de vides créatifs, il faut traverser le courant des incertitudes. (Ce n’est pas le plus facile, et je dois avouer que parfois je ne vois pas le bout de ces moments de doute.) Il faut balayer ses excuses pour terminer son roman, éviter d’être bloquée par la pression qui nous pousse à vouloir suivre un modèle.

Ces périodes creuses, ces moments d’arrêt dans la course aux mots ou ces nécessités qui nous empêchent d’écrire ne doivent pas être une source de culpabilité, une raison de dénigrer notre travail, mais un moteur pour trouver sa propre méthode. Son propre style.

*

Et vous ? Ecrivez-vous tous les jours ? Ou êtes-vous un écrivain qui préfère valser entre marathon d’écriture et périodes calmes ?

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