Pensée n°18 – Personnage ou action ? Quelle direction prendre quand on écrit une histoire ?

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

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En anglais, on parle de character-driven stories ou de plot-driven stories pour décrire deux manières de développer son histoire.

Quèsaco ?

Il y a autant de façons d’écrire qu’il y a d’écrivains. Il y a les plotters et les pantsers, ceux qui écrivent dans l’ordre et ceux qui préfèrent le désordre, mais il existe aussi un autre style d’écriture. Un qui implique le choix de l’auteur en matière de direction et de focus narratif. En fait, nous distinguons deux situations :

  • l’auteur place les personnages au cœur de l’intrigue – c’est l’évolution et le développement émotionnel des personnages qui prime,

  • l’auteur se concentre sur l’intrigue et l’action – c’est l’enchainement de moments explosifs, riches en tension et action qui importe.

Ok, détaillons un peu.

L’histoire met l’accent sur les personnages. Le mode interne.

Ici, les auteurs créent leur récit en ayant leurs personnages en tête. Ils se concentrent sur leur évolution émotionnelle, leur métamorphose, la façon dont ils combattent leurs démons et les obstacles ; ils se questionnent sur leur action. Dans ce genre d’histoire, le personnage est un merveilleux millefeuille dont on découvre les différentes couches au fur et à mesure de l’histoire. Cela s’effectue au cours de scènes qui placent leurs réactions, leurs réflexions, leurs états d’âme au premier plan. Ces moments majeurs pourront influencer la façon dont l’histoire se développe.

En mode interne, en portant notre attention sur les personnages, on tente aussi de comprendre comment ils interagissent entre eux, comment ils évoluent les uns par rapport aux autres. L’intrigue est au service des personnages : elle permet de les mettre en valeur, dans des situations qui testent leur personnalité. On veut savoir comment ils changent ou comment ils ne changent pas. Le récit nous donne le temps de les connaître, avec leurs qualités et leurs défauts.

A titre d’exemple, je dirais qu’Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers de Benjamin Alire Saenz est une histoire centrée sur les personnages (et c’est ce qui rend cette histoire si fantastique !).

L’histoire se concentre sur l’intrigue. Le mode externe.

Plus particulièrement, on s’intéresse à tous les évènements qui, liés entre eux, font avancer l’histoire. L’action, les moments de tension, les retournements de situation, les surprises, les obstacles et leur résolution. Tout doit vite bouger, évoluer, avancer. Tout est excitant, et les personnages sont un peu relayés au second plan, obligés de prendre des décisions aussi rapidement que les évènements qui leur tombent dessus.

Dans une histoire centrée sur les moments forts, les enjeux sont dictés par la manière dont les évènements s’enchainent et le combat des personnages qui, face à eux, sont obligés de faire des choix pour atteindre leurs buts.

Un exemple : Angelfall – Penryn et la fin du monde de Susan Ee.

Quel est le meilleur style ?

D’abord, une histoire n’est jamais vraiment l’un ou l’autre. Elle ne se concentrera jamais seulement sur les personnages ou sur l’action. Elle pourra être beaucoup plus de l’un avec quelques touches de l’autre.

Ensuite, il n’y a pas de meilleure façon d’écrire. Une bonne histoire trouve son équilibre entre les deux : elle prend un soin particulier à construire des personnages intéressants et multidimensionnels, avec leurs défauts et leurs problèmes, et s’engage à offrir au lecteur une histoire avec des rebondissements. L’intrigue est énergique, pour nous tenir en haleine, tout en mettant en avant des personnages si bien construits qu’ils nous affectent par leurs choix et leur évolution.

Lors de mes lectures, j’attache énormément d’importance aux personnages. C’est grâce à eux que je m’accroche à une histoire. Ce sont eux qui déterminent si j’ai envie (ou non) de m’investir dans leur voyage, pour savoir ce que leur réserve l’avenir. Les personnages sont pour moi l’épicentre d’un bon récit. Bien sûr, une intrigue pleine de moments forts sera la cerise sur le gâteau. C’est ce qui cultive la frénésie du passage à la page suivante.

Certains auteurs arrivent à trouver cet équilibre, quelques uns en privilégiant davantage les personnages que l’intrigue ; d’autres en faisant l’inverse. Selon moi, Leigh Bardugo, dans Six Of Crows, gère très bien les deux. L’intrigue est menée par des personnages incroyables, sans que l’on s’ennuie une seule seconde vis-à-vis des enjeux.

Quand j’écris, j’essaie de trouver cet équilibre, en me répétant sans cesse qu’une bonne intrigue sans personnages attachants et complexes ne peut pas fonctionner. Quand une nouvelle idée surgit, ce n’est pas toujours sous la forme d’un personnage. Mais quand je démarre le développement d’une histoire, pour construire mon plan d’attaque, je garde toujours en tête deux éléments essentiels :

  • les pivots de l’histoire – les scènes clés qui feront avancer l’intrigue,

  • le changement émotionnel des personnages – les moments importants dans l’évolution des personnages et leur caractérisation.

Cela se manifeste en une infinité de questions. Comment les conflits qui s’immiscent sur leur route transforment-ils les personnages ? Quel est leur objectif ? Que sont-ils prêts à faire pour les réaliser ? Ont-ils suffisamment d’espace pour se développer entre les scènes d’action et les moments forts de l’intrigue (découverte d’un mystère, combat avec un ennemi ou émergence d’un antagoniste, etc.) ? Apprenons-nous mieux à les connaître ? Changent-ils, même un peu ? Comment ? etc.

Pourtant, trouver cet équilibre n’est pas toujours évident. Je m’en suis rendue compte en me repenchant sur quelques projets fantasy. En général, pour ce genre de récits, je passe beaucoup de temps à réfléchir au passé des personnages, aux évènements qui ont mené à la situation que l’on retrouve au début du roman. Malgré tout, même si je connais ce passé, je ne l’intègre pas tout le temps, ce qui participerait à un meilleur développement des personnages. Pour mon projet en cours, c’est le cas. Et, du coup, j’ai compris que je me concentrais davantage sur l’action et le déploiement de l’intrigue que sur le développement des personnages. Dans d’autres cas, et c’est évident pour un de mes premiers projets, il m’est arrivé de faire l’inverse : trop me concentrer sur les personnages pour obtenir au final une intrigue bancale.

Du coup, dans mes histoires, j’apprends à tester la présence de l’équilibre personnages/intrigue. Pendant la relecture/réécriture et grâce aux retours sur mon travail. Pendant la réécriture, en fonction du côté duquel penche la balance, j’essaie de bien tout rééquilibrer, en accordant autant d’espace au développement des personnages qu’à l’intrigue/action.

Et vous ? Quand vous écrivez, privilégiez-vous plus le développement des personnages ou mettez-vous davantage l’accent sur la construction d’une intrigue palpitante ?

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