Pensée n°19 – Résumer son roman en une phrase…

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

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logline_19

Pour cette pensée, je voulais revenir sur un procédé que j’ai intégré à ma méthode de travail à chaque fois que je dois rédiger un synopsis, c’est-à-dire à deux moments :

  • pendant la phase de planification, quand je produis un synopsis pour me guider dans l’écriture,

  • après la finalisation du manuscrit, quand toutes les réécritures nécessaires ont été effectuées et que le manuscrit me semble vraiment terminé.

Ce procédé consiste à trouver une phrase capable de donner une idée claire de l’histoire. C’est une sorte de presque-résumé qui m’aide à voir si mon idée est bien définie.

En termes techniques, on parle de LOGLINE.

Qu’est-ce qu’une logline ?

La logline est un procédé scénaristique qui consiste à résumer son script en une ou deux phrases. Son but est à la fois de présenter l’histoire et d’intéresser les lecteurs. Elle fonctionne comme une sorte de pitch, en répondant à la question « de quoi parle l’histoire ? ».

Ainsi, quand je crée le synopsis de mes romans, je le précède toujours de cette petite phrase : elle donne une idée du roman dans son ensemble, en mettant en valeur ses éléments principaux.

Pourquoi j’aime bien utiliser la logline pour (presque) résumer mes romans ?

Tout d’abord, la logline me donne une idée concrète de l’histoire en un minimum de mots. Elle met en évidence les charpentes du récit : un personnage principal bien défini, un objectif qui régit l’arc narratif et un obstacle qui empêche le personnage de l’atteindre.

La logline constitue une ligne directrice, un rappel à l’ordre utile pour rester sur le droit chemin, surtout quand je change de cap ou perds le fil de mes idées, soit parce que j’oublie une seconde le but de l’histoire, soit parce que j’ai emprunté des détours inutiles. La logline est un moyen de rester concentrée sur l’idée principale, celle qui guidera la construction de l’intrigue.

D’un point de vue plus pragmatique, la logline permet de vendre une idée. A la curiosité : elle attise l’intérêt d’un potentiel lecteur, en créant un élan d’émotions qui le pousse à vouloir connaître l’histoire. A des acteurs du métier : des éditeurs pourquoi pas. C’est un puissant procédé marketing.

On le rencontre par exemple sur Netflix. Il s’agit du petit texte situé en dessous du nom du programme, celui qui nous donne parfois envie de cliquer sur un film ou une série télé.

Comment crée-t-on une logline pour un roman ?

Pour les romans, la logline fonctionne de la même façon que pour les scénarios. Elle répond aux mêmes exigences stylistiques.

Prenez ces deux paragraphes :

  1. Quand un jeune orphelin, maltraité par la seule famille qui lui reste, reçoit une lettre d’acceptation à une prestigieuse école de magie, ce n’est pas juste sa vie qui bascule ; il apprend qu’il est un célèbre sorcier. Seulement, pour survivre dans ce nouveau monde, il devra combattre un danger sans précédent, l’homme qui est revenu pour achever sa mission, celui qui a assassiné ses parents.

  2. Pour retrouver sa mère disparue dans d’étranges circonstances, une jeune fille de New York est contrainte de plonger au cœur d’un monde peuplé de créatures obscures, avant de découvrir que pour sauver sa seule famille, elle devra faire équipe avec les Chasseurs d’Ombre, un groupe de combattants aux pouvoirs surnaturels.

(Ok, si vous n’avez pas trouvé, il s’agit des premiers tomes d’Harry Potter de J.K Rowling et de la Cité des Ténèbres de Cassandra Clare.)

En fait, la logline doit répondre à plusieurs questions essentielles :

  • Qui est le HEROS de l’histoire ? (Souvent, on ne donne pas son nom, mais il faut dire qui il est, en utilisant un adjectif ou une condition/caractéristique pour le décrire.)

  • Quel élément déclencheur nous renseigne sur l’arc narratif principal ? (Il peut s’agir d’un simple INDICE sur l’intrigue principale : pourquoi racontons-nous cette histoire ?)

  • Quel est l’OBJECTIF du personnage ? (Pourquoi voudra-t-on suivre son histoire ?)

  • Qui est l’ANTAGONISTE qui l’empêche de l’atteindre? Quel est l’OBSTACLE qui s’immisce entre le personnage et son but ?

  • Quels sont les ENJEUX ? L’intervention de l’antagoniste a-t-il des CONSEQUENCES ?

Dans le premier exemple donné plus haut, on obtient alors :

HEROS : Nous savons qui il est. C’est un jeune orphelin, maltraité par sa seule famille encore en vie.

INDICE : Ici, on peut en déduire que la réception d’un courrier étrange – une lettre d’acceptation – va amorcer l’intrigue. Sa vie bascule. Recevoir cette lettre est probablement l’élément déclencheur, et face à ce petit indice, on s’interroge. Pourquoi le héros a-t-il reçu cette lettre ? Quelle est cette prestigieuse école de magie ? Comment cette lettre va-t-elle changer la dynamique qu’il entretient avec sa famille ? Comment sa vie va-t-elle basculer ? L’indice est un moyen de pousser le (potentiel) lecteur à s’interroger.

OBJECTIF : Avec l’objectif, ici « survivre dans ce nouveau monde », on se rend compte que tout ne va peut-être pas être idyllique pour notre héros. On met en évidence un conflit, mais on joue aussi avec l’imagination. Notre héros va sans doute partir à la découverte de ce monde – pourquoi va-t-il vouloir le découvrir (ou pas) ? Nous en avons une esquisse après avec la mention de « ses parents ». L’objectif se greffe alors aux enjeux. De plus, nous avons une autre information de taille sur l’objectif du héros : avec « il devra combattre un danger sans précédent », nous confirmons la difficulté de ce nouveau monde, mais introduisons aussi ce qui risque de se mettre sur le chemin de notre héros.

ANTAGONISTE : Ce n’est pas n’importe qui. Il s’agit de celui qui a tué les parents du héros et qui de toute évidence veut aussi le tuer. L’obstacle est donc de taille face à son objectif de survie.

ENJEUX : Naturellement, nous comprenons alors que ce n’est pas seulement la vie du héros qui est en danger, mais il va devoir remettre toute sa vie en question, tout ce qu’il savait sur ses parents et donc tout ce qu’il croyait savoir jusque-là sur lui-même.

En plus de répondre à ces questions, la logline doit être :

  • Simple et claire – elle va droit au but
  • Courte – 1 ou 2 phrases
  • Au présent – on utilise des verbes actifs
  • Sans spoilers – la fin de l’histoire ne doit pas être révélée, le but est d’attiser la curiosité

  • Ironique – elle produit un effet de contradiction entre l’objectif et ce que va faire le personnage pour y parvenir

Vous l’avez compris la logline est un procédé robuste qui nous donne une vision globale d’une histoire, en nous présentant quelques éléments principaux d’un récit : l’objectif de l’histoire (celui sur lequel repose l’intrigue), le personnage principal (avec son but et ses motivations), l’obstacle (antagoniste, etc.) auquel il devra faire face et les conséquences potentielles si le but du personnage n’est pas atteint. C’est un exercice vraiment très amusant à effectuer et très constructif pour mieux comprendre le squelette de son histoire.

Je vous le conseille.

Et vous ? Connaissez-vous la logline ? Si oui, utilisez-vous ce procédé ?

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