Pensée n°21 – La traversée du désert

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

*

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J’aime planifier mes histoires, suivre un synopsis, une feuille de route pour éviter de me perdre au cours de l’écriture d’un manuscrit. Le plan est une assurance. Il me rassure et m’aide à avancer vers la fin du roman. Seulement… seulement, peu importe le kit de préparation que je construis avant de commencer une histoire, il y a toujours ce moment – cet horrible moment – où je m’arrête d’écrire.

En général, il me tombe dessus au 2/3 de la rédaction.

C’est le moment où le monstre doute fait tout ce qui est dans son pouvoir pour arrêter mon élan. Alors, je stoppe l’écriture. Je pose mes stylos. Je m’éloigne du clavier. Je me fâche avec mes idées. Et je crie sur ma capacité à avancer. Ce moment charge avec tout ce qui l’a. Des doutes, une dose d’anxiété qui secoue toutes mes anciennes certitudes et un coup violent contre ma persévérance.

C’est une période plus ou moins longue. 1 jour. 2 jours. Une semaine. Moins.

Mais il ne manque jamais de revenir à la charge, à chaque nouveau projet.

Et là, j’amorce ce que j’appelle la traversée du désert.

Une traversée qui arrive avec deux phases. La phase questions et la phase appréhension.

Je me demande à nouveau pourquoi j’ai commencé à écrire ce roman. Pourquoi je m’imagine que je suis capable de le finir. Pourquoi… pourquoi… pourquoi… C’est une étape très étrange, et j’ignore si d’autres écrivains ressentent ce moment de pur néant où ils n’ont absolument aucune confiance en ce qu’ils écrivent. Je ne parle pas des doutes quotidiens qui peuvent s’installer ou de ces instants où l’on se force à combattre l’absence de motivation avant de se mettre à écrire. Non. C’est le moment où tout – la saturation, l’anxiété, le manque de confiance en soi et en l’histoire, la croyance que ce que l’on écrit est médiocre, voire vraiment nul – s’abat sur moi en même temps.

Il s’agit d’un moment de pure solitude avec ses pensées. Un vrai frein à la création. Un moment où j’ai vraiment la sensation que je ne pourrai pas continuer à créer. A chaque nouveau projet, ce monstre ne rate pas une occasion de me dire que mon travail n’est pas assez original, qu’il n’est pas assez bien écrit… que d’autres ont sans doute déjà écrit la même chose avant. Quand une idée émerge, quand je commence l’écriture, quand je planifie, quand je suis dans le flow, ce ne sont jamais des pensées qui m’arrêtent. Jamais. Elles ne brisent mon élan qu’au 2/3 de l’écriture. Toujours. Et, apparemment, elles me forcent à repenser ma capacité à gérer tout un tas de réflexions créatives.

Quand ce doute extrême s’installe, je vis un vrai passage à vide – ma motivation s’effrite, mon envie d’écrire m’échappe, mon optimisme flétrit. C’est ma définition de la page blanche.

Parce qu’en plus des doutes sur mes capacités à écrire, d’autres viennent s’ajouter. Je commence à batailler avec l’arc narratif pour des raisons x ou y. J’ai des moments insensés où je me demande pourquoi est-ce que ce personnage ne ferait-il pas ça à la place. Et ces interrogations sur l’intrigue conduisent parfois à une réaction en chaine où je remets tout en question – les points clés de l’histoire, les motivations des personnages, leurs caractères, la construction et la définition d’un monde… tout. Pourtant, j’ai un plan pour me guider. Dans tous les cas, le monstre doute n’en a rien à faire. Il vient en imposant ses propres règles. Et, avant de démarrer la phase d’écriture, même si je pense avoir bien structuré mon récit, il y a toujours une meilleure idée qui veut me convaincre de l’intégrer, un personnage qui me semble finalement inutile ou une voix qui me dit de tenter une exécution différente.

C’est un vrai combat.

Mais, heureusement, la traversée du désert ne dure jamais très longtemps. Et la réaction en chaine ne mène jamais à la catastrophe. Le monstre doute finit toujours par s’épuiser. Il abandonne pour me laisser continuer à écrire. Et comme je sais toujours quand il va se manifester, j’ai un peu appris à l’apprivoiser (un tout petit peu). J’ai appris à ne pas trop l’écouter, mais à noter quand j’ai des idées qui me viennent ou des doutes sur l’intrigue qui surgissent. J’ai appris à ne pas me comparer aux idées qui circulent, et je me bats contre cette voix qui veut me démoraliser. J’essaie toujours de ne pas me laisser abattre par ce passage à vide. Je le combats même si c’est difficile. A la fin, je sais que le plaisir d’écrire est plus fort qu’un obstacle éphémère.

(Souvent, d’ailleurs, notre perception est faussée. Finalement, je ne sais pas vous, mais quand je me pousse à écrire, après une traversée du désert ou quand je n’ai juste pas très envie, ce que j’écris ne me semble pas si mauvais une fois relu avec un regard neuf. Après quelque temps, les passages me paraissent à leur place, cohérents, pas si mal ; du moins, pas aussi médiocres que je le croyais.)

Et vous ? Vivez-vous ce moment d’arrêt, cet instant où vous ne pouvez plus écrire alors que vous savez où vous allez, alors même que le boost créatif était au rendez-vous ?

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