Pensée n°24 – Pourquoi ne faut-il pas avoir peur d’écrire un mauvais premier jet ?

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

*

firstdraft_24

Après avoir traversé le désert, écrit à ne plus sentir le bout de ses doigts, nous ne sommes pas à l’abri de la fatigue. Parfois, nous sommes au bord de l’épuisement créatif. Mais, oh combien il est bon d’avoir un manuscrit achevé entre nos mains.

Je ne sais pas pour vous, mais la phase d’écriture peut s’avérer être une vraie montagne russe – il y a des moments où j’aime ce que j’écris, d’autres où je hais ce que je produis. Durant l’écriture, je ne compte plus les instants d’incertitude que je manifeste sur mon style, sur ma façon d’exécuter certains points clés de l’histoire, ou les doutes que j’éprouve pour certains passages qui, à peine terminés, ne demandent qu’à être effacés.

Pourtant, malgré ces instants de doute, j’essaie de ne jamais rester trop longtemps bloquée, jamais au point de ne pas terminer un manuscrit. J’ai appris qu’achever un projet d’écriture était l’un des moments les plus significatifs d’une entreprise créative de longue haleine. Du coup, je tente toujours d’achever un manuscrit, peu importe la qualité que je lui imagine. En plus, il y a toujours quelque chose à apprendre d’un manuscrit. Deux manuscrits ne se ressemblent jamais. Deux premiers jets non plus. Chacun m’apprend de nouvelles leçons. Ecrire un premier jet bancal est une succession d’essais et d’échecs qui présente de nombreux bénéfices.

Un premier jet nous conforte dans l’idée qu’atteindre son objectif est possible. A la fin d’un manuscrit, il est bon de se dire que nous sommes capables de terminer quelque chose et de tenir la distance avec notre but.

Un premier jet est l’occasion incroyable de pouvoir tester ses idées. C’est à ce moment que je peux être aussi libre que je le souhaite. J’expérimente des idées folles, j’écris des scènes qui me trottent dans la tête depuis longtemps, sans savoir si elles correspondent vraiment au ton de l’histoire. Je m’amuse avec les personnages aussi, sans me poser trop de questions paralysantes sur le rythme. Le premier jet me permet de ne pas briser le flow avec mon idée principale, celle qui m’a permis de faire démarrer le processus créatif. En testant mes idées, je constate aussi lesquelles fonctionnent et lesquelles ne font pas avancer l’histoire, l’action ou le développement des personnages.

Un premier jet permet d’attaquer la réécriture avec un support de travail. Un premier jet parfait ne serait pas très amusant, non ? De toute façon, je n’ai jamais réussi à produire un premier jet parfait. Certains éléments peuvent être maitrisés grâce à une planification plus ou moins détaillée, mais il y a toujours des choses à revoir – une scène qui n’a finalement plus sa place, un chapitre trop long placé au mauvais endroit, etc. Vous l’avez compris, j’ai toujours des choses à revoir, et avoir un support sur lequel travailler est super pratique. Une fois que je sais ce que j’ai fait de mal, je peux commencer à réfléchir aux solutions pour tout améliorer. J’ai un produit fini où la structure globale m’apparaît plus clairement, je comprends donc mieux ce qui marche (ou pas) en termes de structure et de répartition des éléments.

Un premier jet est aussi un merveilleux exercice d’entrainement pour l’imagination, parce qu’il nous permet de confronter notre imagination à la réalité du processus d’écriture. Vous est-il déjà arrivé d’imaginer une scène d’action (ou une autre) qui résonnait superbement dans votre esprit pour finalement tomber à plat sur le papier ? Ça m’est arrivé. Plusieurs fois. En ce sens, le premier jet est un véritable moment de réflexion sur la création. Une scène que l’on s’imagine ne donne pas forcément le résultat attendu. Mais, ce n’est pas grave. Le premier jet est là pour nous aider à comprendre pourquoi ça ne marche pas et comment s’améliorer. Finalement, on se questionne sur la nécessité d’un passage, sur notre capacité à choisir les bons mots et tout ce que nous mettons en œuvre pour retranscrire nos idées : est-ce la bonne exécution ? Si cette première exécution n’est pas celle que j’imaginais ou une que j’apprécie, le premier jet me donne la liberté de changer. Le premier jet m’aide à prendre du recul par rapport à ce que je veux faire, ce que je voulais faire et ce que j’ai fait.

Le premier jet est donc une façon de se questionner sur la structure d’une histoire, notre façon d’appréhender le schéma narratif ou le découpage en actes d’un récit. C’est un moyen de tester notre compréhension de la construction d’un roman. Les éléments déclencheur et perturbateur, le climax, l’exposition, la situation finale… sont-ils placés de manière à bien agencer le rythme de l’histoire, avec ses révélations, ses tensions dramatiques, etc. ? Un premier jet nous apprend à bien redécouper notre histoire s’il le faut.

En fait, j’aime bien envisager le premier jet comme un moment d’apprentissage, sur l’histoire elle-même – y a-t-il un thème qui se dégage de la première lecture, que je vais pouvoir développer dans une seconde version ? un personnage mérite-t-il plus de scènes ? des scènes manquent-elles pour comprendre le déroulement de l’intrigue ? – et sur les erreurs à éviter d’un manuscrit à l’autre. Un premier jet aussi mauvais soit-il m’en apprend beaucoup sur les erreurs que je tends à commettre en écrivant et me permet de ne pas les commettre à nouveau d’une histoire à l’autre. Le type d’erreurs peut varier, du problème d’écriture, lié aux obstacles présents dans l’intrigue, à celui plus technique directement lié à la langue. Intercepter ces erreurs me permet de m’améliorer. D’un manuscrit à l’autre, il m’est alors possible de savoir sur quels points je dois être vigilante (structure de phrases étranges, vocabulaire mal employé, mauvais enchainement des paragraphes qui trouble la logique d’un passage, etc.). De cette façon, j’acquiers de nouvelles techniques et enrichis mon kit d’écriture (vocabulaire, grammaire, orthographe, etc.). Un mauvais premier jet m’apprend ce qu’il ne faut pas, ou ne plus, faire.

Pour toutes ces raisons, je pense qu’il ne faut pas craindre d’écrire un mauvais premier jet. Dans tous les cas, il s’agit simplement d’un premier jet, un projet terminé, que l’on pourra toujours retravailler et améliorer.

Et vous ? Quels sont, pour vous, les avantages cachés derrière l’écriture d’un « mauvais » premier jet ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s