Pensée n°26 – Le monde magique de la réécriture (2)

La fin d’un manuscrit, c’est l’occasion de fêter la liberté, n’est-ce pas ? (Non ? Même pas un petit peu. Oh… Ok.) Parfois, c’est le début d’un nouveau cycle créatif. Pour une fois, je voulais revenir sur quelques réflexions et tout ce que j’ai appris à chaque nouvelle étape de la rédaction. Et, pour éviter à mon cerveau de surchauffer, j’ai voulu pendant un mois partager ces pensées.

*

reecriture_26

Dans la pensée précédente, j’ai exposé les premières étapes de ma phase de réécriture :

1 – La redécouverte, après 3 à 4 semaines de séparation puis

2 – La fin de la première lecture, remise à plat et premières retouches

Quatre autres étapes les suivent directement.

3 – Le temps du brainstorming

Après ces premières retouches, je prends du temps pour réfléchir aux solutions des problèmes des catégories a, b et c. Pour trouver des solutions à ces problèmes, j’essaie de répondre aux questions suivantes :

a – Développement des personnages

  • identité : qui est le personnage principal (ou les personnages) ?

  • objectif : quel but poursuit le héros ? ses motivations sont-elles claires ?

  • évolution : comment la poursuite de son but influence-t-elle le personnage ? ce changement est-il cohérent avec l’intrigue ?

  • focus : a-t-on toujours une idée du personnage qui domine le récit et fait avancer l’histoire ? quelle histoire raconte-t-on ?

b – Création de l’univers

  • cadre spatio-temporel : savons-nous recadrer l’histoire dans un lieu et une époque ?

  • piliers : les règles fondatrices du monde sont-elles claires et logiques ?

  • richesse de l’univers : le monde est-il suffisamment vivant et riche pour accueillir l’histoire des personnages ?

  • personnages : comment les personnages s’intègrent-ils dans ce contexte ?

c – Rythme et cohérence de l’intrigue

  • objectif : le but de l’histoire est-il cohérent avec la façon dont elle évolue ? pourquoi raconte-t-on nous l’histoire (souvent cela est lié à l’objectif du personnage) ?

  • élément déclencheur : le conflit principal/l’événement qui déclenche l’intrigue est-il clair et cohérent ?

  • autres points-clés majeurs : quels sont les pivots de l’histoire ? en quoi servent-ils l’intrigue ? qu’ont-ils comme conséquences pour le personnage ?

  • obstacles : en quoi les obstacles sont-ils pertinents pour la quête du personnage ? l’antagoniste est-il bien construit et consistant avec la menace ?

  • équilibre action/moments de pause: accordons-nous autant d’espace à l’action qu’au développement des personnages ?

Pour vérifier les réponses à toutes ces questions, je décortique l’histoire et tente de la remettre totalement à plat. Je l’étudie comme si je ne l’avais jamais écrite, ce qui me permet de trouver des solutions logiques aux problèmes notés pendant la relecture.

Pour trouver ces SOLUTIONS, il faudra parfois envisager de nouvelles idées ou une approche différente qui risque de jouer avec les arcs narratifs des personnages ou les règles d’un monde. Cela peut donc avoir des conséquences sur l’intrigue. Ces trois axes de correction donnent un cadre à la réécriture qui va suivre : je peux commencer à réécrire et retoucher des passages sans laisser l’histoire s’écrouler à chaque nouveau changement.

4 – Au cœur de la réécriture : un processus principalement dans l’ordre chronologique

A ce stade, c’est parti. Je commence à intégrer les solutions au texte. En général, je retouche à partir du début, dans l’ordre chronologique. Cependant, quand je rencontre un problème connecté à d’autres passages placés à différents endroits dans le manuscrit, je m’arrête pour les traiter comme un tout :

  • un tout lié au développement d’un personnage – par exemple, si un personnage n’est pas assez développé, je reprends chaque scène avec lui pour régler le problème…

  • un tout centré sur un point-clé de l’intrigue – par exemple, si une intrigue secondaire me semble inutile, je m’occupe de supprimer tous les passages d’un seul coup…

  • un tout lié à la construction du monde– si je rajoute ou supprime un élément essentiel à la construction du monde, je vérifie comment cela affecte les scènes qui le traitent, puis modifie tout en conséquence…

  • etc.

Cette étape marque le moment de la découpe, de la retouche, de l’écriture et de l’intégration de nouveaux passages, la suppression d’autres, le déplacement de paragraphes, etc. C’est le grand chantier.

5 – La confrontation au regard extérieur et l’intégration des retours

Une fois l’intégration des solutions effectuées, je relis le manuscrit. Et, enfin, il est temps d’ouvrir la porte. Quand je suis satisfaite avec le manuscrit fini, je le transmets aux regards extérieurs. Avant, je n’utilisais pas du tout de relecteurs. Aujourd’hui, leur nombre est limité à deux, mais j’espère qu’il s’étoffera encore. La confrontation est le moment où je débats avec d’autres points de vue pour me forcer à aller dans les retranchements de mon histoire : l’expliquer aux autres est un moyen de savoir si je n’ai pas assez bien répondu à toutes les questions de logique, de cohérence et de continuité. Enfin, lorsque je reçois les retours, je prends le temps de réfléchir à une façon de les intégrer à l’histoire (quand je décide de les intégrer). Cela peut entrainer un nouveau cycle « réécriture », notamment des étapes 2 à 4.

6 – La relecture finale

Une fois la tempête de modification, de réécriture, de réflexion… terminée, je relis une fois le manuscrit. Pour cette étape, j’aime me créer une liste de choses à vérifier pendant ma lecture. Elle peut être plus ou moins longue. Durant cette lecture finale, il m’arrive aussi de relever de nouvelles incohérences. Je les traite par un nouveau cycle de réécriture que j’amorce après une période de séparation plus courte.

En fait, tant que je ne suis pas satisfaite du manuscrit final, la réécriture se poursuit. A titre d’exemple, il me semble que mon dernier projet plafonne aux alentours de 5 ou 6 cycles de réécriture et 3 versions différentes.

Mais, il faut bien se décider à arrêter à un moment donné. Et là, tout est question d’appréciation personnelle.

Combien de temps dure la réécriture ?

C’est une question compliquée, parce qu’encore une fois, je pense que l’ampleur du travail dépend du manuscrit, de sa qualité, de sa complexité, de sa planification, de la façon dont on apprend à modifier et affiner sa méthode de réécriture, etc. Je suis certaine d’une seule chose : pour moi, la réécriture dure toujours plus longtemps que l’écriture. Il m’est déjà arrivé de passer deux mois, un an, six mois… sur une réécriture.

Mais, et si…

Et si, ma méthode n’était pas encore au point.

Je suis certaine qu’elle ne l’est pas encore vraiment. Quelques fois, il y a tellement de choses à gérer en même temps que le processus de réécriture peut être brouillon. Les étapes que j’ai décrites sont celles que j’arrive parfois à suivre, plus ou moins en tout cas. Ce sont celles que je veux mettre en place, que je mets en place pour le moment. Mais, par moment, je me perds aussi dans ma propre organisation, j’oublie des choses. A l’instant où je rédige cette pensée, ma dernière réécriture remonte un peu dans le temps : j’ai donc essayé de décrire ma méthode à partir de mes souvenirs et de notes d’anciens projets. Pour toutes ces raisons, je reviendrai certainement sur cette méthode. Pour la fignoler, me contredire, la changer peut-être ou pour simplement rectifier/expliquer toute confusion.

À vous. Quelle est votre méthode de réécriture ? En général, combien de temps passez-vous dessus ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s